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lundi 6 juillet 2020

El Topo ou les coulisses d'un bel effort et ses aléas

    El Topo… Cette voie est dans ma tête depuis plus de 2ans. Ouverte pour l’artif en 1981 par Marco Troussier, elle a été rééquipée en 2008 pour le libre.

El Topo : voie B

    En 2018, après discussions avec des copains qui avaient été dans la ligne, j’étais descendue repérer le 7c en 11 eme longueur car d’après eux, cette escalade était « lunaire » et plus dure que le 8a deux relais au-dessus. A ma grande surprise, j’enchaîne cette longueur, dans mon style il faut dire, à vue. Nous nous préparons pour repérer le 8a quand un énorme orage éclate. A l’abri, dans la petite grotte du relais, nous attendons que la pluie s’arrête pour remonter sur nos stats, tout penaud.

En 2018, repérage furtif

    Je me dis alors que ce serait un joli objectif, certainement réalisable. Mais pendant ce séjour, une chaleur écrasante nous accable et nous partons nous réfugier dans les dévers de Dame Cookie… Une autre histoire !

    Puis deux années sont passées sans revenir dans le Verdon pour des grandes voies. Alors quand cette année, nous prenons le temps avec Max de séjourner dans ce paradis de la grimpe, l’idée cachée dans un coin de ma tête refait bien vite surface !

    D’autant plus qu’il semble que cette saison, la voie est à la mode. Jérôme et Johanna s’y sont lancé en mode projet et travail des longueurs et Johanna n’est d’ailleurs pas passée loin du tout de l’enchaînement. De quoi discuter de stratégie d’approche, longueurs clefs et optimisation de bivouac avec eux !

Repérage de L13 8a

    Nous décidons d’aborder la voie en passant une après-midi pour repérer le 8a situé en 13eme longueur. Après une montée de repérage, je l’enchaîne au premier essai. Puis un autre jour, nous descendons repérer L9 7a expo et L10 7b+ grâce à une moulinette de 70 m ! C’est notre 3 journée de grimpe d’affilée ce jour-là et nous ne tenons plus une prise. Entre râlements, plaintes et souffrance, nous déchiffrons tant bien que mal les mouvements. Puis je pars redécouvrir L11 en 7c et là encore, c’est la débandade… Je me demande bien comment j’ai pu faire ça à vue… Après plusieurs tentatives, je finis par trouver quelques séquences qui fonctionnent et nous remontons au sommet.

Départ !

    A présent, il nous reste plusieurs possibilités, nous connaissons 6 longueurs sur 14. Soit nous faisons une journée en partant du sol pour découvrir et assimiler les 8 longueurs manquantes dont deux 7b+ sur gouttes d’eau dans un pur style verdonesque, soit nous partons du bas pour tenter l’enchaînement en ayant la moitié de la voie à faire à vue (ou en peu d’essais) pour espérer avoir suffisamment de peau sur les doigts pour finir décemment ! La décision est difficile à prendre car entre la reprise de la formation et la météo, il ne reste qu’un créneau de 2 jours. Si nous passons une journée de plus à repérer, nous ne pourrons pas tenter l’enchaînement et y’aura-t-il un autre créneau les week-ends à venir ? Nous optons donc pour la tentative d’enchaînement sur les 2 jours de beau et prenons le risque d’échouer. Mais ne dit-on pas « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » ? Alors prenons des risques !

L2 6b

    Nous récupérons un portaledge et après deux jours de repos et de grosses pluies dans le Verdon, nous sommes fin prêts ! La ligne est principalement sur du mur gris donc sèche vite. Les pluies torrentielles de la veille ne m’inquiètent pas trop. Mais lors de la descente en rappel, je déchante en voyant que la fissure de L10 en trempée. Sachant que nous avons laissé des cordes statiques jusqu’au pied de L11 et nos affaires de bivouac en haut de L11, nous serons bien obligé de passer cette 10eme longueur coûte que coûte ou bien ce sera le but ! Gros coup de pression avant mêle de commencer ! Avec autant de préparations, je m’en veux de ne pas avoir laissé une corde de plus dans cette longueur et surtout de ne pas avoir anticipé qu’elle pouvait rester mouillée.

L3 6c+

Pour l’ascension, Max commence par faire les quatre premières longueurs devant.

L1 : 6c+, bloc au tout début puis déroulante. Se termine par une courte cheminée heureusement baqueuse.

L2 : 6b, jolie dans un mur orange.

L3 : 6c+, un dévers sur bacs puis un petit réta à lecture.

L4 7b

L4 : 7b, une traversée sur de bonnes prises puis quelques mouvements rési sur réglettes quand il s’agit de remonter tout droit.

Dévers

    Puis je prends le relais à partir de L5. C’est là que les difficultés verdonesques commencent. Du mur gris et des gouttes d’eau sont au programme pour les quatre prochaines longueurs.

L5 7a

L5 : 7a, technique et à lecture. Ca louvoie entre les points sur des prises pas toujours franches

L6 : 7b+, première vraie difficulté et défi à vue. C’est une traversée vers la droite sur de micro lames et gouttes d’eau. Je serre de mauvaises prises et m’en sors pour arriver au relais suspendu en réalisant cette longueur à vue. En second, c’est quasiment impossible à travailler et Max me rejoint sans pouvoir trop chercher les solutions.

L7 7b+ flashée par Max

L7 : 7b+, deuxième défi à réaliser à vue pour garder de la peau. Tout commence par une traversée à droite que je négocie trop bas me fait déjà forcer puis se poursuit par une fissure moins dure, un mur à trous digne de Céüse avant de finir par un mouvement obligatoire à allonge que je passe à bout de doigts. Le relais est deux mètres au-dessus à gauche mais de grosses gouttes d’eau m’attirent à droite. Ma lecture me dit que je pourrai éventuellement rejoindre le relais en remontant tout droit et en traversant ensuite. Mais quand j’arrive sur les prises que j’avais repérées, elles sont intenables, je me déconcentre un instant et zippe pour une belle chute ! Arf, je suis bonne pour refaire toute la longueur ! C’est le jeu ! Par la gauche, je repère les prises et ce n’est finalement pas si complexe. Le plus dur demeure le mouvement d’allonge que je n’arrive plus à refaire sans influx. J’opte donc pour un mouvement dynamique, difficile à caler. Je redescends, me repose 10 min et repars. En moins de deux je suis au relais sans avoir rater la prise de réception de mon mouvement dynamique ! Cerise sur le gâteau, Max enchaîne la longueur flash !

L8 6c+ de la mort

L8 : 6c+, longueur aussi exigeante que la précédente, juste moins raide. Il poursuit devant mais ses doigts ont déjà trop souffert. Je le rejoins en serrant les dents et plissant les yeux, le soleil rasant en pleine figure. Rien de mieux pour trouver les prises cachées !

    Nous faisons une courte pause au pied de L9. Courte car ce jour-là il y a un vent de dingue et nous venons de passer à l’ombre. Nous sommes complétement gelés ! Max a ma grosse doudoune et je grelotte dans la doudoune light. Pas le temps de s’arrêter…  Pour le coup, les conditions de grimpe sur petites prises sont bonnes mais pour profiter et récupérer, un peu moins. Et je sais que si je me relâche et me repose trop, l’influx risque de s’en aller et je n’arriverai plus à repartir.

    Je poursuis dans L9, un 7a avec 4 points carrément espacés sur du rocher douteux. Ca ne donne pas envie de tomber. J’y vais au mental, j’oublie la douleur dans les doigts et ça passe.

Toujours L7 7b+

    Nous voici au pied de la 10eme longueur, le 7b+ en fissure qui était trempé le matin même.  L’objectif est de réussir à passer pour pouvoir récupérer nos affaires et poursuivre. J’ai la pression mais je me dis que si je n’y arrive si c’est trop mouillé, nous pourrons toujours dormir au relais supérieur et réessayer le lendemain. Une nuit de plus pour sécher !

    Je pars tout de même le couteau entre les dents en frissonnant. Les premiers mouvements vont bien vite me réchauffer. Malgré les difficultés à comprendre les mouvements quelques jours auparavant, l’influx est bien présent, me pousse et j’arrive au pied du crux sans trop d’effort. Malheureusement il est toujours trempé. J’en informe Max et le fait de l’énoncer à haute voix me fait vaciller. Le doute m’emporte quelques instants mais je me ressaisis rapidement. Quitte à être là, autant tout donner et essayer « a muerte » comme on dit ! Impossible de refaire la méthode que j’avais calée qui consiste à changer de mains sur une mauvaise prise. Mouillée comme elle l’est le risque est trop grande de glisser. Alors j’improvise, prends un peu tout ce qui vient, humide ou pas, et bon gré mal gré, j’avance et me retrouve au-dessus du crux à nouveau sur des prises sèches. Je n’en reviens pas, Max non plus ! Par contre, j’ai donné dans ce passage. Il reste encore 15 m de grimpe sur de meilleures prises mais proposant une escalade physique. Il s’agit de gérer jusqu’au relais. Au prix d’un combat d’anthologie, me reposant tous les deux mouvements, j’atteins le relais. D’un coup, toute la pression se relâche ! On l’a fait, on ne butera pas avant d’atteindre nos cordes fixes !

    Max se charge d’aller récupérer les affaires au relais supérieur et de tout redescendre pour installer le ledge au pied de la 11 eme longueur en 7c. L’idée est de récupérer un peu et d’essayer le 7c avant le dormir. Avec la gniaque, je sens que je peux le faire car il n’est pas trop physique mais je n’ai pas les capacités de poursuivre dans le dernier 8a et enchaîner toute la voie à la journée.

La meilleure place

    Le temps de tout préparer et de s’installer enfin en position allongée est suffisant pour me sortir du mode combat et enchaînement dans lequel j’étais. La relâche prédomine et la chaleur accueillante du duvet m’appelle. L’essai sera pour le lendemain. Après tout, c’est certainement plus stratégique de récupérer et d’essayer avec toutes les chances de son côté vu que l’enchaînement à la journée est compromis.

    La vie sur le portaledge s’organise et nous profitons du calme des gorges pour se ressourcer. Une bonne nuit de sommeil et nous nous réveillons sous un soleil radieux. Plus de vent et une chaleur écrasante nous fait retirer petit à petit toutes nos couches. A 11h, on doit être en mode maillot de bain et farniente sur notre transat de luxe !

    Il fait vraiment trop chaud pour grimper et nous sommes contraints d’attendre que la face repasse à l’ombre. C’est le moment idéal pour s’imprégner des lieux et apprécier ses habitants. Nous observons les hirondelles virevolter à toute vitesse en nous gratifiant de pirouettes proche des falaise que même les meilleurs pilotes d’avions n’oseraient pas engager. Les vautours quant à eux rôdent paisiblement sur les alentours, planant parfois trois mètres sous notre terrasse et observant quelle proie fera leur festin du jour. Nous savons notre chance de pouvoir profiter de ce spectacle.

    Malgré tout, le contraste entre notre immobilité, bloqués sur cette vire artificielle, et leur liberté de déplacement est violent. Cela contribue à attiser mon impatience à grimper. Je scrute sans arrêt l’heure et l’évolution du soleil. Si bien que le soleil à peine caché, j’ai déjà les chaussons au pied, prête à en découdre. Je me lance à froid, après être restée en position allongée ou assise depuis 18h !

    Au fur et à mesure que j’avance, je déchante en voyant que la pluie des jours précédents a effacé toute trace de repérage. J’ai le crux bien en tête mais le reste un peu moins. Alors une fois celui-ci passé à la limite de la chute, la pression est bien présente pour ne pas avoir tout à regrimper. Je me mets à nouveau un combat d’anthologie pour rejoindre le relais. Mes sensations de grimpe étaient catastrophiques, j’ai grimpé sur la défensive tout le long dans la peur de tomber. Je n’ai de ce fait pas du tout pris de plaisir dans cette longueur pourtant magnifique. Le sentiment au relais est mitigée, d’un côté je suis soulagée d’avoir réussi cette longueur et de l’autre, je suis énervée d’aborder de cette façon la voie et je me rends compte que l’envie de réussir est en train de prendre le dessus sur le plaisir d’être là…

L14 6c

    Max range notre campement que je hisse pendant qu’il grimpe. Puis il poursuit dans L12 en 6c, une traversée encore dans le plus pur style du Verdon avec mouvement immense de redescente qui se négocie en allonge ou par un petit saut !

    Nous sommes alors dans la petite niche au pied de L13 8a. Hyper confortable, nous pouvons nous asseoir et nous étaler. Mes sensations dans le 6c étaient encore mauvaises. Je mets ça sur le compte d’une petite hypoglycémie et fais une bonne pause en-cas.

Puis c’est l’heure d’y aller. La longueur se compose de trois parties :

-     -  un premier mur sur mono et bi-doigts avec peu de pied (environ 7b+) puis un bon repos en traversant vers la droite

-     -  s’en suit le premier crux, le plus dur pour moi, qui consiste à tenir un petit bi-doigt main droite pour croiser sur une fente avec peu ou pas de pied droit. Pour réussir, il convient d’être ou très souple ou très bon pour charger des pieds inexistants ou très solide du biceps droit. Pour ceux qui me connaissent, j’ai choisi la seconde option ! Puis quelques mouvements résistants sur trous meilleurs amènent à un dièdre où il est possible de récupérer.

-      - enfin la dernière section est également une traversée vers la droite où d’une épaule gauche avec des pieds corrects, on se tend pour atteindre un bon trou main droite. Les pieds sont alors plutôt inexistants et il faut croiser sur une bonne prise et transférer le corps à droite pour rejoindre une strate salvatrice. L’arrivée au relais demande également un petit calage sous peine de chuter le nez dessus !

    Là encore, la pluie des derniers jours a effacé tous mes repères. Je m’en sors dans la première section mais ne retrouve pas le pied que j’avais littéralement inventé et identifié par un point de magnésie. Sans cet appui, je n’ai aucune chance de faire le croisé difficile. J’essaye tout de même et tombe plus énervée que jamais : « A quoi ça sert de repérer et de préparer une voie s’il ne reste rien quand tu essayes ? ». Au fond je suis épuisée, la peau des doigts complétement broutée rend la tenue des prises plus difficile et j’ai cette volonté tenace de réussir qui obstrue toute intuition de grimpe. Somme toute le plus mauvais état d’esprit pour venir à bout d’un obstacle à sa limite.

    Je poursuis la longueur en mode repérage et en tentant de retrouver les sensations et les placements adéquats malgré la chaleur omniprésente. En redescendant dans notre petite grotte, je suis un peu à bout. J’explique à Max que je n’ai pas la bonne mentalité pour y arriver, que je pense trop au but, que je n’éprouve aucun plaisir et que tout ceci me frustre car j’en ai conscience et j’ai du mal à modifier volontairement ce mental. Evidemment, il a remarqué tout ceci et ces mots vont me permettre de lâcher prise sur cet objectif. Je me calme et quelques temps après, je retente ma chance.

    C’est fou ce que le mental peut faire sur une performance. Je pense aux mouvements et uniquement à ce que je dois faire dans les 15 prochaines secondes. La fatigue est bien présente dans la première partie mais je récupère au repos. Je retrouve le pied identifié et croise sans trop d’effort et poursuis jusqu’au repos suivant. Je m’arrête peu car c’est dans ces moments-là que l’esprit peut divaguer et à nouveau se projeter plus loin que deux mètres au-dessus de soi. Et puis curieusement, je ne suis pas trop fatiguée au niveau des avant-bras. Je sais qu’il ne reste qu’une section, que je la maîtrise et j’ai envie d’en finir. Je réalise cette séquence parfaitement, en retravaillant même les prises pour ne rien laisser au hasard. L’objectif se rapproche et je le sens. Je me distrais un peu sur la fin mais pas suffisamment pour échouer et clippe le relais en hurlant de joie !

Happy

    Etre passée d’un état d’esprit si malsain et peu propice à la réussite à cette manière d’aborder à nouveau les difficultés, c’est ça ma vraie victoire ce jour-là ! Max grimpe à son tour. Les débuts sont compliqués après une si longue pause mais il parvient à enchaîner la dernière séquence pour la première fois ! Nous avons tous les deux envie de sortir maintenant ! Il reprend la tête et je le rejoins rapidement au sommet retrouver Linka qui nous attend sagement dans la niche que nous avons installée. Elle a passé la nuit avec des copains qui sont ensuite venus la ramener au sommet d’El Topo pour notre arrivée. Comme de la partie, elle nous fait la fête comme jamais et célèbre avec nous ce bon bout d’aventure !

 La vidéo des ces deux journées :



jeudi 6 décembre 2018

Les Yeux dans le Bleu à la Paroi d'Anterne



Il y a encore des étoiles dans mes yeux en repensant à cette journée d’automne. Le genre de journée que la Haute-Savoie nous offre parfois en octobre, il faut juste savoir la saisir. L’an dernier j’en avais profité pour passer une belle journée en altitude dans Digital Crack. Cette année, les Fiz sont sèches et me narguent encore de ses hautes parois. 3 ans que j’ai envie de rendre visite à la paroi d’Anterne, depuis que j’habite au pied.

Le topo des Yeux dans le Bleu fait par Robin Revest
Savoir saisir sa chance mais aussi savoir la provoquer : « Tu serais assez fou pour venir de Nice te mettre une mission à la paroi d’Anterne dans la semaine ? ». J’ai tapé à la bonne porte au niveau de la folie et de l’envie de grimpe, Alex est motivé pour les Yeux dans le Bleu !

L1 7b+
  Je ressens encore l’appréhension et l’excitation lors de la préparation, synonymes pour moi de journée importante et audacieuse. Appréhension car en octobre, le refuge Wills est fermé. C’est soit le refuge d’hiver, synonyme de poids en plus, soit une grosse journée voiture-voiture avec une longue approche à rajouter à la grimpe. Faut-il rappeler que la marche est loin d’être mon fort ni ce que je préfère…. ?

L1 7b+ avec un rayon de soleil
 Après concertation, nous optons tout de même pour la deuxième option, choisissant le confort d’une bonne nuit dans le camion au détriment de mes petites jambes. Mais des fois, l’envie est plus forte. Malgré le départ à 5h du parking et les 3h d’approche, je ne vois pas trop passer le temps et pour une fois ne subit pas la marche ! #unbelievable 

Fin de L2 6c
Alex commence dans la première longueur qui se trouve être déjà une bonne entrée en matière à froid. Je poursuis et comme souvent quand la cotation est plus facile, les points disparaissent. Le choix entre une fissure ouverte et herbeuse et une dalle compacte et, il faut le dire un peu glissante, mais amenant directement au point suivant, est cornélien. J’opte étonnamment pour la fissure et me retrouve à engager une traversée/redescente délicate vers ledit point… Gloups ! Ça commence fort !

L3 7c en plein gainage pour ne pas tourner
 Nous poursuivons ainsi en réversible dans ces dalles grises couverte d’une couche de je-ne-sais-quoi qui rendent les adhérences précaires en termes de sensations. Pas de zipette à déplorer pour ma part mais le ressenti oblige un gainage supplémentaire, au cas où… Le rocher, dans cette partie basse, a décidé de se former à la verticale et en pente : pas une seule prise franche à l’horizon et un enchaînement de déséquilibre vers la droite. C’est un peu comme si les prises étaient les gonds d’une porte et la porte, ton corps. Constamment !!

Lecture à gogo pour L5 en 7c/+
 A ces difficultés techniques s’ajoute la lecture qui n’est pas évidente. Evidemment, il n’y a pas une trace mais c’est aussi pour ça qu’on est là… La lecture est complexe car la voie est continuellement en traversée. Pas une seule longueur ne va tout droit. Il faut alors choisir entre passer au-dessus du point ou en-dessous. L’apothéose a lieu dans la 5eme longueur en 7c/+ où Alex décide par le haut. Il erre peut-être 5 min à monter descendre, sans trouver la clef, pour finalement s’engager et casser une micro prise d’équilibre de pouce. Chute en trav’ et le doute s’immisce en moi nos chances de réussite car je me dis que s’il ne passe pas, je n’ai aucune chance non plus. Finalement, le passage par le bas était plus aisé et logique et je m’étonne, avec les prises marquées, à enchaîner toute la section retors et la fin de longueur, évitant par la même occasion, un pendule désagréable ! C’est incroyable comme la difficulté est changée quand le décryptage et l’indication des préhensions sont déjà faits. Qui plus est dans ces styles à errance suprême où la moindre aspérité peut sauver un passage ou le compromettre si elle souhaite garder l’anonymat calcaire.

Fin de L6 7b avec un beau paysage
 Avec tout ça, nous n’avançons pas bien vite et nous commençons à douter de notre sortie avant la nuit si nous n’accélérons pas un peu. Sachant que la retraite est difficile avec le socle schisteux, cette nouvelle sensation de doute et d’incertitude rajoute un peu de pression à l’entreprise.

Heureusement, nous touchons à la fin de la partie grise et une partie plus raide sur rocher jaune à crépis s’offre à nous. Le style change radicalement. Les prises sont plus franches et la lecture bien plus aisée. Il en résulte que nous sommes bien plus rapides ! Ouf !

Début de la trav de L7 7b
 Arrive alors une longueur un peu redoutée, la 7eme longueur en traversée en 7b. 15 mètres en traversée pour 4 malheureux mètres d’altitude gagnés ! Pas très rentable cette histoire ! En tête ou en second, la peine est la même. C’est au tour d’Alex d’aller devant. Au jeu des redescentes la lecture reste laborieuse et malgré l’expérience, il subit le réversible qui impose d’enchaîner deux longueurs d’affilée. En un vol, retour au relais ! Maintenant que le vol est démystifié et le crux à peu près repéré, il repart et enchaîne la longueur. Pour autant, je n’ai pas forcément envie de tester le plomb en second… Je serre les prises plus que jamais et laisse un bon paquet de force dans l’affaire mais arrive sans poussée d’adrénaline au relais suivant.

Blocage à la hanche pour ne pas tomber dans L7 !
Fin de L7
Cette fois-ci, c’est à mon tour de subir le réversible ! Je repars dans la longueur suivante, cuite avant même de commencer. Sur le feu, une longueur en 7a+ supposée engagée. Je découvre alors des sensations inconnues et dont je me serais bien passée. Je ne maîtrise plus mon corps : tremblements, daubante extrême en moins de deux mouvements et plus je me concentre à serrer les prises plus j’ai les doigts qui s’ouvrent… 
 Je peine déjà en point à point avant d’arriver au crux de la longueur. A cet endroit, le point suivant est situé 4-5 mètres plus haut et 4-5 mètres à droite. En plus, il est indiqué dans le topo d’y arriver par la droite où un bac salvateur s’y trouve pour le clipper. Je fais un premier essai en tirant droit vers le point ce qui me permet de repérer quelques prises et il me semble deviner le fameux bac encore 2 mètres plus haut. Demi-tour obligatoire moins une avant la chute, ne maîtrisant plus ma tenue de prise. Le prochain essai sera « a muerte » ! 
 J’optimise les premiers mètres repérés, engage un mouvement aléatoire, revalide visuellement la prise considérée comme bac salvateur et me prépare pour envoyer dessus. En guise de main gauche, je n’ai rien trouvé de mieux qu’une cupule goutte d’eau que j’arque en mono. Vu la faible raideur du mur, j’aurais habituellement très bien tenu cette prise. Mais là plus je me concentre pour l’arquer un peu plus fort et transmettre à mon biceps, plus je sens qu’elle m’échappe. Il ne faut pas tarder une seconde de plus et je me rue sur la prise anticipée. « Aaaaaaah !! ». A peine la prise touchée que ce son sort de ma bouche. Celle que j’avais repérée est en fait un leurre et je vais tomber, je suis déjà en train de tomber. Mon corps et mon cœur l’ont compris ! Cette chute que j’ai voulu éviter et que je pensais pouvoir dominer avec le mental et la rapidité va bien m’avoir ! 
 Mais un sursaut de lucidité et certainement un instinct de survie n’acceptent cet échec et prennent le dessus en moi. Mon bras droit se déplace à la vitesse de l’éclair et mes doigts se précipitent sur le réel bac que je n’ai même pas eu le temps de repérer consciemment… 
 Cela arrête ma chute à peine entamée et tout ce surplus d’émotions m’amène à éclater de rire avant même de poser la dégaine et de me sécuriser. Je déborde de joie à l’idée d’avoir réussi à éviter un moment désagréable et les frissons que me procurent autant d’émotions me rappellent que c’est bien pour ces sensations que je grimpe !

Fin de L8 7a+, le gaz se fait sentir
  La fin de longueur est laborieuse vu l’état de fraicheur et une pause m’est nécessaire alors je propose de laisser la main pour les deux prochaines longueurs pour ne pas avoir à les enchaîner d’affilée et à la place festin ! Un sandwich plus tard, l’énergie est remontée et j’enchaîne la 11eme et dernière longueur dure en 7a, plutôt bloc, à lecture et prise de décisions !

Début de L9 7c
Fin de L9
 Il ne nous reste que la partie sommitale qui ressemble étrangement au socle schisteux. Les deux friends que nous avons emportés (0,75 et 1) s’avèrent indispensables pour les deux dernières longueurs (comme pour la plupart des autres longueurs d’ailleurs pour atténuer l’engagement) et Alex se retrouve à tirer une longueur de 60m toute en traversée pour atteindre le plateau. Un brin d’alpinisme refait surface pour me rappeler que la paroi d’Anterne n’est pas une face anodine et que la course est plus que complète et s’éloigne drastiquement d’une basique grande voie en calcaire.

Fin de L10 7b
Fin de L11 7a
 L’arrivée au sommet, dans les pentes herbeuses et ensoleillées des alpages d’altitude, contraste avec l’austérité de la paroi et la journée d’efforts que nous venons de vivre dans l’ombre de la face. Le franchissement du dernier bloc qui donne accès aux pâturages accueillants marque la frontière symbolique entre le monde vertical et pédestre. La tension, les doutes et la pression peuvent enfin retomber et laissent place au relâchement. Il est 17h et nous profitons de quelques minutes pour savourer ce moment hors temps devant le panorama de la chaîne avec un cours de géographie montagnarde au passage. Puis c’est l’heure de repartir… Il nous reste encore 3h de marche par les chalets de Sales pour retrouver le camion.

Un panorama qui mérite le déplacement
 Cette voie me faisait rêver depuis plus de 3 ans et je suis contente d’avoir été assez patiente mais persévérante pour attendre le moment opportun et apprécier cette journée dans sa globalité, à sa juste valeur et dans les meilleures conditions. Encore un beau moment de grimpe et de partage à deux pas de la maison !




lundi 22 octobre 2018

Les rideaux de Gwendal, Verdon



Après quelques jours de couennes dans le Sud de la France notamment à Roquevaire, on se dirige avec Max vers le Verdon pour entamer la saison de grandes voies en ce début avril !
 
Broyage de croutes à Roquevaire !
Photo : Fred Ripert
Notre objectif est une classique des Gorges : les rideaux de Gwendal, 250 m, 7b max.
Les premières longueurs sont agréables puis nous arrivons à la fameuse longueur en 7b qui se révèle ne pas être très jolie : polie, bloc et glissante… Je tombe en zippant, râle un coup mais les quelques mouvements qui suivent sont encore durs et les pieds dans la choucroute glissante, franchement désagréables ! Je m’emploie pour passer et arrive au relais plutôt déçue de cette longueur.

Longueur d'anthologie
 Heureusement, la longueur en 6c sur rocher orange et énorme trous me redonne du baume au cœur. Comme c’est beau ! Ca déroule, il y a de l’ambiance, tout ce que j’aime. Arrivée à R5, je prends des photos de Max qui me rejoint, manque la poche de ma veste et… lâche mon téléphone pour 150 m de vol plané ! On le regarde dérivé et je repère où il tombe, espérant pouvoir le retrouver après la voie…

C’est amusant de remarquer comment une petite erreur, ici sans importance, peut influer sur le mental. Cette chute met en évidence d’un coup la gravité et notre environnement aérien. A force d’automatismes, on n’est plus habitué à se rendre compte du potentiel risque qui nous entoure et avec ce rappel à l’ordre, je me surprends à vérifier bien plus mes manips, à hésiter un peu et à sentir un léger malaise avec ce vide désormais presque tactile et omniprésent… 

Nooooo
 Enfin il suffit de se reconcentrer sur la grimpe et j’oublie tous ces tracas. La longueur suivante est certainement la plus belle de toute la voie : un pilier ultra aérien sur des trous ceusiens. Pour le coup on sent bien le gaz et malgré ma concentration, je reste un peu distraite par cette petite boule au fond de ventre. Plus d’erreur…

Je poursuis dans la longueur en 6c+ dalleuse qui a vraiment subi les passages. Le calcaire gris d’habitude si adhérent, à force des passages, a jauni et glisse comme de la glace. Cela rajoute un peu de piment aux sections mais pour une escalade technique sur les pieds, cela n’est pas toujours plaisant !

Dernière photo du téléphone avant le grand vol
Les deux dernières longueurs déroule sur du beau rocher. Les sections, moins obligatoires, sont aussi beaucoup moins usées et nous arrivons au belvédère après le dernier passage dévers qui peut surprendre pour une longueur en 5 !

Globalement, j’ai été un peu déçue, par la longueur dure qui n’était pas très jolie et par l’usure du rocher par endroit. Je m’attendais certainement à trop pour cette voie réputée incroyable… C’est la rançon du succès mais je ne peux m’empêcher de regretter de la grimper 15 ans trop tard. Sur le même mur, par exemple, j’avais largement préféré « Pichenibule » où toutes les longueurs sont splendides et qui, dans mes souvenirs au moins, étaient moins usées.

Une des premières longueurs
 Pour finir notre journée, nous sommes partis à la recherche du téléphone volant par le sentier Martel ! Comme c’est beau de découvrir les faces que je ne connais pas encore :
Des projets à n’en plus finir…

Après une peu de bartasse pour arriver au pied de la voie, je me dirige directement vers l’arbre que j’avais repéré du haut et dans lequel le téléphone semblait être tombé. Coup de chance, je le trouve au pied, coque protectrice d’un côté et téléphone de l’autre, toujours allumé, écran déboité mais vitre intacte. Après 150 m de chute, nous ne donnions pas cher de sa peau !

Incroyables retrouvailles
 Il faut croire que cette fois-là, la chance était avec nous pour nous donner une bonne leçon sans conséquence aucune…